metteur en scène au long cours
D’une mise en scène à l’autre, Charlie Brozzoni nous conduit vers des rivages qui sont le reflet de notre intériorité. En montant La mort du roi Tsongor de Laurent Gaudé, en adaptant et en jouant L’Iliade dans des lieux non destinés au théâtre, il poursuit ainsi son désir d’ouvrir le théâtre vers d’autres possibles, d’autres publics et d’autres aventures inédites.
« Après avoir créé le diptyque de Médée Kali et Onysos le Furieux, je ne pensais pas travailler aussi vite sur un autre texte de Laurent Gaudé », nous dit Charlie Brozzoni. « Gaudé est un auteur “inactuel” qui s’intéresse à des trajectoires humaines. Médée Kali et Onysos m’avaient fasciné, l’un parce qu’il est le cri de la mort, l’autre celui de la naissance. Cette problématique m’interpelle à nouveau à travers le personnage du roi Tsongor. »
En adaptant et en mettant en scène La mort du roi Tsongor, Brozzoni ouvre un nouvel espace, celui du déroulement du temps entre la naissance et la mort. Il situe Tsongor entre Médée Kali et Onysos, comme la réunion du féminin et du masculin.
Mais Brozzoni est aussi un voyageur au long cours que l’on trouve toujours là où on ne l’attend pas. Selon son habitude, il a besoin de ce télescopage des temps, des univers, des évènements et des personnages. Loin de se contenter des aventures du roi Tsongor, il y associe, comme en un nouveau diptyque, les aventures d’Achille et adapte l’Iliade de Homère.
« Ce sont deux histoires “archaïques”, précise-t-il, qui révèlent les personnages à eux-mêmes à travers l’amour, la guerre et la conquête de soi-même. » Dans ces deux textes, la guerre constitue le terreau commun de la fable. Non « une guerre de cinéma » mais la vraie. Celle qui se passe actuellement en Irak ou au Liban, celle qui s’est déroulée au Vietnam et en Algérie, portée par la fureur des désirs, des pulsions et des jeux de pouvoirs.
Au-delà de ces conflits, Charlie Brozzoni continue, par l’intermédiaire de Tsongor ou des héros de la guerre de Troie, à parler de nous, de lui et de cette lutte intérieure qui nous traverse tous. « Ce que je veux montrer de la guerre, dit-il, ce n’est pas son réalisme mais ce qu’elle révèle de nous-mêmes lorsque l’on se pose certaines questions. Serais-je lâche ou courageux ? De quelle façon pourrais-je rester humain ? Ces deux histoires parlent de l’homme et de sa projection dans l’univers. »
Que ce soit dans La mort du roi Tsongor ou dans l’Iliade, la traversée de la guerre joue le rôle d’un révélateur qui fait renaître le désir et la construction d’un monde nouveau.
Ce qui est raconté, c’est aussi ce « rien » qui déclenche les hostilités et conduit à la déflagration totale de l’être. Le théâtre de Brozzoni s’inscrit dans une continuité : ici comme dans ses autres mises en scène, les personnages sont à la fois les protagonistes et les témoins d’une aventure qui les dépasse. Ils viennent raconter le conflit mais aussi l’amour qu’ils n’ont pas vécu ou comment le pouvoir les a détruits.
L’acteur devient cet intermédiaire qui nous aide à cheminer dans ce questionnement. Poursuivant son travail sur une relation directe et intime entre l’acteur et le spectateur, le chaos est organisé autour de la musique et de la peinture comme autant de contrepoints à l’histoire racontée. L’ensemble reconstruit un espace traversé par le souffle de la guerre en une sorte d’icône qui transcende la réalité. Comme Tsongor, comme les guerriers de Troie, notre vie est prise entre deux gouffres obscurs, dans ce temps qui va de la naissance à la mort. Le théâtre de Brozzoni témoigne de cette inéluctabilité.
propos recueillis par Dany Toubiana
Agora, Bonneville
Esplanade du Lac, Divonne
MALS, Sochaux
Agora, Bonneville
Parvis Scène nationale, Tarbes-Pyrénées
Powered by Félix Création