> Moïse Touré

laboratoire de création / innovation sociale et artistique




Le théâtre de Moïse Touré est en même temps à Annecy et à Bamako, à Grenoble, en Inde, dans les lycées de Haute-Savoie ou à Tokyo. Parce que son travail est d’établir du lien entre l’art et la communauté, il traverse les frontières, les genres et questionne les façons de faire. Avec notamment l’œuvre de Bernard-Marie Koltès pour viatique, Moïse Touré cherche aujourd’hui à réinventer le rapport au spectateur.

> entretien

Un des axes de ton activité est le lien que tu établis, en permanence, entre une présence locale et une activité internationale. C’est parce que la raison d’être de ton travail est dans cette ubiquité. Le local et l’universel se nourrissent l’un l’autre… à commencer, en 2007-2008, par le travail mené autour de la pièce La Minute de silence.

En effet je crois que nous sommes à un moment où des synthèses doivent pouvoir s’établir entre les différentes formes de travail, entre les arts, entre le local et l’universel. La Minute de silence en est l’illustration. Nous avons tout interrogé : notre Histoire, notre pratique, à quoi sert le théâtre, comment faut-il en faire, jusqu’où contester la représentation, qu’est-ce qu’être spectateur aujourd’hui… À chaque représentation nous avons effectué un véritable travail de préparation et de sensibilisation avec les enseignants et leurs élèves, en France et à l’étranger (elle a été traduite en espagnol, allemand, japonais). Partout, nous avons mis en place des rencontres, des ateliers, et inventé des formes nouvelles de rapport au public. Ce lien, cette continuité entre le local et l’international est un des aspects essentiels de mon travail. En Haute-Savoie, il y a eu ce travail avec les collèges Raoul Blanchard à Annecy et Jean Monnet à Saint-Jorioz qui a permis à chaque élève de tenir un journal et de participer à la mise en espace d’une salle de classe à Bonlieu la saison dernière. En septembre 2008, nous présentons le bilan de l’aventure dans une bibliothèque de Grenoble autour du journal que nous avons réalisé et qui témoigne de ce que fut cette aventure ; avec également la production d’un documentaire vidéo de Gilles Buyle-Bodin ; avec enfin la perspective de présenter la pièce à Essen (en langue allemande) dans le cadre du projet Ville européenne de la culture, et avec l’aide du Bureau du théâtre de Berlin.

Différemment, mais relevant du même esprit, il y a l’aventure de 2147, l’Afrique…

Oui, ce spectacle a rassemblé autour de Jean-Claude Gallotta et de moi-même toute une équipe, d’artistes de plusieurs pays d’Afrique. Ce fut une opération difficile à monter, il a fallu convaincre mais là encore le brassage des nationalités, des savoir-faire, des genres artistiques, a été plus fort que toutes les résistances. Nous avons travaillé et créé le spectacle à Bamako puis nous l’avons présenté à Annecy, Chambéry, Grenoble et en tournée africaine (Burkina-Faso, Sénégal, Niger). C’est en quelque sorte l’acte inaugural d’un travail que je mène aujourd’hui en Afrique.

L’axe fort pour toi en 2009-2010 est l’année Koltès, dont tu as la charge, qui marque les vingt ans de la disparition de cet écrivain de théâtre essentiel.

Sous l’intitulé « Koltès – la quête de l’autre », nous allons mener jusqu’en 2010 un travail de transmission de l’œuvre. Nous mènerons des ateliers au Burkina-Faso, au Bénin, au Mali, à Haïti puis au Japon où nous clôturerons ce parcours avec Quai ouest et Tabataba traduits en japonais. Nous interrogerons l’œuvre, notamment à travers les différentes langues. Cela ira de la production et de la diffusion de Dans la solitude des champs de coton en créole dans toute la Caraïbe jusqu’à la création d’un Fonds Koltès à l’École internationale de théâtre du Bénin à Cotonou.

Avec Koltès, non seulement tu interroges une œuvre mais cette œuvre te permet à son tour d’interroger le réel. Tu crées un projet intitulé « Cœur de la cité, cœur des hommes ». Il s’agit là de mener une réflexion et une action plus globales…

Oui, c’est une chose capitale, peut-être un tournant dans mon travail. Je lui ai donné le nom de « laboratoire de création/innovation sociale et artistique ». Il ne s’agit plus seulement de mettre en scène mais d’interroger le théâtre de manière beaucoup plus vaste, à commencer, par exemple, par la question de la relation spectacle/spectateur. Il est important aujourd’hui – j’allais dire : urgent – de revitaliser la position du spectateur, d’expérimenter avec le public son rapport au spectacle.
À Annecy, Cœur de la cité / cœur des hommes va me permettre d’inventer un espace de rencontres, à travers des ateliers avec des amateurs qui se frotteront à l’aventure de l’œuvre autour de deux axes : corps / voix. Dans une deuxième phase, quarante des participants à ce projet intégreront la création de La Nuit juste avant les forêts, solo du monde avec chœur à l’automne 2009. Puis nous partirons en 09 > 10 à la rencontre des adolescents dans les collèges et les lycées avec Tabataba.
Enfin, je jetterai un pont entre Annecy et Bamako en répétant à Annecy Dans la solitude des champs de coton que je créerai à Bamako, et en répétant à Bamako La Nuit juste avant les forêts et Douze notes prises au Nord que je créerai à Annecy.

À propos de synthèse, il y a aussi celle que tu tentes de réaliser sur la scène, entre les différents arts, notamment entre théâtre et danse…

Le théâtre particulièrement a mis du temps à « digérer » l’apport des autres arts de la scène (danse, vidéo…). Aujourd’hui, il semble qu’on ait moins de mal à penser cette synthèse. Dans mon travail, la question du corps et du mouvement est un élément de dramaturgie à part entière. Je ne me prétends pas chorégraphe, mais je peux inviter la chorégraphie dans mes spectacles sans qu’elle apparaisse comme un rajout ou une décoration.

propos recueillis par Claude-Henri Buffard

> les tournées

> Tabataba

  • octobre 09

Intégrale Koltès, Metz

  • décembre 09

Espace Malraux scène nationale, Chambéry

  • 9 - 12 mars 10

Bonlieu Scène nationale, Annecy

  • mars 10

Théâtre de l’Agora Scène nationale d'Evry et de l'Essonne

  • printemps 10

Espace Malraux scène nationale, Chambéry
*automne 10
tournée en Afrique

> Dans la solitude des champs de coton

  • août - septembre 09

création I Bamako, Mali

  • mai 10

festival extra-10, Annecy

  • automne 10

tournée en Afrique

> Un solo pour le monde - Chœur des villes / Chœur des hommes

  • mars 10

Théâtre de l’Agora Scène nationale d'Evry et de l'Essonne

> Quai Ouest

  • avril 10

Nouveau Théâtre National, Tokyo

Bonlieu scène nationale Annecy