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> Rachid Ouramdane

dans la « Surface de réparation »





Le chorégraphe Rachid Ouramdane poursuit avec Surface de réparation, sa quête autour de l’identité et ses jeux de construction. En compagnie de douze adolescents sportifs de Gennevilliers, il compose en douceur un spectacle-documentaire, puzzle de portraits intimes et pudiques. Ni reportage banlieue, ni pose esthétisante, cette curiosité chorégraphique auréole ses interprètes d’une beauté fragile et offensive.

> entretien

Quels sont les enjeux de Surface de réparation ?

Plus que des portraits de jeunes sportifs, ce sont des portraits d’adolescents qu’il m’importe de réaliser. Le sport est en quelque sorte le « pied de biche » pour les faire parler et les mettre en confiance. J’ai passé un an à fréquenter les salles de sports. Les coaches voulaient faire la promo des plus méritants. Moi, ce sont plutôt ceux qui restent sur le banc de touche qui m’intéressent. Sur leur terrain, la parole des jeunes est plus débridée qu’au théâtre. Ils m’ont confié qu’au stade, ils évoquent le sport, alors que sur le plateau, il s’agit de parler d’eux. Avec certains, j’ai eu l’impression d’aller plus loin, de toucher autre chose que la boxe ou le hockey. Avec d’autres, ça a été plus difficile d’accéder à des propos intimes. Il y a eu une rencontre intéressante avec un basketteur dans un vestiaire. Il m’a raconté comment il avait raté une sélection. Lorsqu’on a passé le film devant ses copains, son honnêteté, ses failles, ses doutes, les ont ému. Lorsqu’ils atteignent un certain niveau de professionnalisme, les jeunes répètent ce qu’on leur apprend. Là, ils réalisent qu’on peut penser autrement et rester juste.

Ce travail de chorégraphe est proche de celui de documentariste. N’avez-vous pas l’impression de changer de métier ?

Être chorégraphe aujourd’hui pour moi, c’est réfléchir la scène en mode de présence, de poétique. Je ne suis pas dans une problématique d’auteur bien close sur elle-même. Mon écriture se cherche de plus en plus du côté de la rencontre, de la confrontation avec d’autres. Une pièce comme Cover, chorégraphiée au Brésil, a été conçue dans le cadre d’une ONG. À Reims déjà, dans le cadre de ma résidence au Manège, j’avais travaillé avec des catcheurs et des boxeurs. La rencontre avec des non-professionnels, qui n’est pas systématique chez moi, m’enrichit beaucoup.

Quelle est la force particulière de ces jeunes amateurs sur un plateau ?

Politiquement, donner à voir sur scène des gens qu’on ne voit pas sur un plateau permet de nuancer bien des discours, de ne pas camper dans le discours dominant. La banlieue est régulièrement assimilée à violence et hip-hop. Avec Surface de réparation, on passe à autre chose. J’aime par ailleurs partir de phénomènes de société. Mais je m’entoure de spécialistes comme Aldo Lee à la vidéo. Je fais très attention à ce que je demande à ces jeunes. On ne peut pas se permettre d’ouvrir des robinets intimes sans en mesurer les conséquences. Si on ne veut pas être manipulateur, il faut rester vigilant sur la sensibilité, l’intimité de l’autre et être conscient de sa responsabilité dans le travail.

La façon dont vous questionnez les parcours et les choix de vos interprètes, qu’il s’agisse des danseurs du Ballet de l’Opéra de Lyon pour Superstars ou de ces adolescents pour Surface de réparation, évoque irrésistiblement votre propre cheminement identitaire. Comment vous reconnaissez-vous dans ces différentes personnes ?

À travers ces expériences multiples de questionnement des uns et des autres, il s’agit toujours de parler de soi, de s’identifier d’une manière ou d’une autre. Je pense aussi que dans ce type de spectacles, le spectateur se reconnaît à de nombreux endroits et peut dialoguer intérieurement avec la personne sur le plateau.

Quelle importance prend dans votre parcours Surface de réparation ?

Ce qui est de plus en plus clair, c’est que j’apprécie de travailler avec des non-danseurs. Profondément, je suis quelqu’un qui aime bosser en équipe. J’ai toujours eu du mal à signer mes pièces en mon propre nom tant elles me semblent résulter d’une recherche de groupe avec des complices comme Yves Godin à la lumière, Aldo Lee à la vidéo ou Alexandre Meyer à la musique. La présence dans le processus de création de ces gens autour de moi me met toujours devant les mêmes questions : qu’est ce qui me fait être « interprète » et/ou « chorégraphe » ? J’aime les rencontres, les échanges, initier des projets. Je suis toujours devant une feuille blanche pour un nouveau spectacle avant de rencontrer mes partenaires de création.

propos recueillis par Rosita Boisseau

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