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> Thierry Bedard

à la très sensible écoute des autres







Thierry Bedard travaille au rythme de son cœur et de ses tripes, en harmonie ou en réaction avec le monde. Le cycle « de l’étranger(s) » qu’il a initié en 2006 à Bonlieu Scène nationale dans la continuité de ses actions menées jusqu’alors, se développe sur ce rythme. D’où la nécessité de régulièrement faire le point sur la situation présente, car le projet est loin d’être tracé une fois pour toutes. En cela, il vit véritablement.

> entretien

Thierry Bedard, vous travaillez en ce moment sur le cycle « de l’étranger(s) ». En quoi consiste ce cycle et où en êtes-vous de ce travail à l’heure actuelle ?

L’actualité « de l’étranger(s) » se fixe en ce moment sur l’Océan Indien. Elle se poursuit avec Alain-Kamal Martial qui vit à Mayotte, et j’ai passé commande, puisque le cycle « de l’étranger(s) » fonctionne sur le principe de la commande, à Jean-Luc Raharimanana qui est malgache. Ce cycle « de l’étranger(s) » s’est mis en place en 2005, immédiatement après mon travail avec le Parlement International des Écrivains que nous avions déjà pu présenter à Bonlieu. Il y a, au sein de ce cycle, la volonté de se confronter de manière directe avec des auteurs du monde entier, un « monde entier » qui a comme caractéristique de n’être pas occidental.

Mais vous vous êtes toujours confronté aux auteurs du monde entier !

Oui, mais au moment du Parlement International des Écrivains, si j’avais bien des relations avec des auteurs, ce n’est pas forcément leurs oeuvres que je mettais en scène. Je pense ainsi à Wole Soyinka à qui je n’ai jamais passé aucune commande. En revanche, c’est à la fin du Parlement que j’ai rencontré Reza Baraheni avec qui j’ai fait un long parcours de quatre années. C’est l’exemplarité de cette relation qui n’excluait ni l’amusement, ni même la folie, qui a précisé la forme de ce qu’allait devenir le cycle « de l’étranger(s) ». La caractéristique principale du cycle consistant à passer commande d’une sorte « d’état du monde » à un auteur vivant loin de nous, mais dont je connais, bien sûr, les fictions.

Sans doute faut-il préciser que ces auteurs ne sont pas forcément des auteurs de théâtre…

J’aurais beaucoup de plaisir si c’étaient des auteurs de théâtre ! Mais ce qui importe avant tout c’est qu’ils aient, comme Reza Baraheni, une vraie pensée du (et au) monde, une pensée qui n’a rien de commun avec celle que nous avons ici, en France.Une pensée qui me donne des clés pour comprendre la marche du monde. C’est bien cela qui est fondamental lorsque je converse avec de tels auteurs. Je voyage ! Et je suis confronté à l’impensable ou à l’insupportable comme la violence extrême, la misère… Mais cette nourriture-là est fondamentale. Elle seule permet de pouvoir encore penser. Quand le Somalien Nureddin Farah dont le pays n’est plus un pays et ne le redeviendra peut-être jamais, quand il dit le monde, lui qui a circulé en exil de l’Afrique à l’Europe et vit aujourd’hui en Afrique du Sud, au Cap, il dit le vivre ensemble. Et d’une manière poétique inouïe.

Quelle est la nature de la commande que vous leur passez ?
La commande à ces auteurs peut prendre n’importe quelle forme. Essai, je l’ai dit, mais tout aussi bien correspondance ou entretien, peu importe pourvu qu’il ne s’agisse pas d’une fiction. Parce que parallèlement à ces commandes, je m’engage à toujours monter une de leurs fictions. Cela revient à dire qu’alors je vais aborder, je dirais, le réflexif et l’intuitif, l’essai (le commentaire) et la fiction ! En ce moment, avec Jean-Luc Raharimanana, ensemble, nous essayons de penser cet essai…

Mais quel va être la forme publique proposée ?

Je n’en sais rien encore ! Sur la forme, je m’autorise toutes les libertés.Peut-être un film,un documentaire, ou une pièce de théâtre… ou une simple édition, je ne sais pas. Mais en face, quelle que soit la forme adoptée, il y aura une fiction.

Et la Scène nationale accepte même ce qui n’est pas de l’ordre de la représentation ?

Oui, parce que nous avons un très long compagnonnage ensemble et parce que je pense que Salvador Garcia et son équipe ont la volonté d’observer le monde autrement. Avec l’idée d’inviter Jean-Luc Raharimanana, qui sera présent à Annecy. C’est un des très grands auteurs du continent noir. Il a juste quarante ans mais son oeuvre a une importance considérable. Dans le cadre de mon travail avec lui, je vais mettre en scène en 2009 un invraisemblable et drolatique récit intitulé Za – un fragment sera proposé en décembre à Bonlieu : les Excuses et dires liminaires de Za –, et dans le même temps un « état du monde », qui actuellement pourrait s’intituler Zovy, en malgache « Qui vive ? » en français. Il faut trouver le mot de passe…

Le travail avec Jean-Luc Raharimanana est une des premières étapes du cycle « de l’étranger(s) » ?

En fait le cycle a commencé avec un manifeste tiré d’un écrit d’Étienne Balibar sur la question de l’étranger,sur la question de la frontière. Puis je suis revenu à ce que fait régulièrement notoire, et qui m’importe : un spectacle pour les enfants. J’ai monté en 2006 Un Musée des Langues, présenté dans nos deux énormes containers à bateaux. Le spectacle tourne encore en ce moment dans toute la France. Il traite de la question des langues dans le monde, donc de la question de l’autre, de l’étrange, de l’étrangeté. De l’étranger à soi, de l’étranger aux autres. Pour les enfants, je vais certainement écrire et mettre en scène un prochain spectacle intitulé Le Globe. Ce terme, un peu obscène, me fait rire, et ce qui me fait plus rire encore, c’est d’expliquer la géopolitique aux enfants ! Nos enfants vont avoir besoin assez vite de comprendre un certain état du monde. Et un certain désastre dans nos relations avec le monde… J’ai aussi travaillé ces dernières années la série des Épilogues d’Alain-Kamal Martial. Épilogue des noyés commandé et créé sous sa première forme en 2005, et Épilogue d’une trottoire qui a été créé en 2007. Ces spectacles font bien partie du cycle « de l’étranger(s) ». Il s’agit vraiment de la perception et de la vision hallucinée du monde qu’a Alain-Kamal Martial, qui vit à 10 000 km de là, sur son île… J’ai commencé à avoir des courriers et des conversations avec d’autres auteurs sur l’état du monde en 2006. Avec Mia Couto au Mozambique qui a fini par refuser ma commande. Avec l’irakien Janane Jassim Hillawi qui m’a demandé de retarder ce travail. Il a écrit un roman inoubliable sur la guerre : Pays de nuit. Nous étions en juin 2007, date à laquelle j’ai rencontré Jean-Luc Raharimanana. J’ai presque immédiatement tout arrêté pour travailler avec lui. Je prépare en ce moment, et pour une part à Tananarive, un de ses textes, 47, qui traite de l’insurrection malgache à la sortie de la seconde guerre mondiale,réprimée dans le sang – certainement plus de 40 000 morts –, une histoire oubliée en France… Alors je vais au moins rendre hommage à ces insurgés.

propos recueillis par Jean-Pierre Han

> les tournées

> Le Globe

  • 1er - 12 février 10

création I Bonlieu Scène nationale, Annecy

  • 22 - 26 février 10

Théâtre de Grasse scène conventionnée, Grasse

  • 1er - 3 mars 10

Théâtres en Dracénie scène conventionnée, Draguignan

  • 8 - 9 mars 10

Théâtre de Clermont L’Hérault scène conventionnée, Clermont L’Hérault

  • 11 - 12 mars 10

Théâtre d’Arles scène conventionnée, Arles

  • 15 - 16 mars 10

Théâtre de Privas scène conventionnée, Privas

  • 22 - 24 mars 10

Théâtre Durance scène conventionnée, Château-Arnoux

  • 29 mars - 2 avril 10

Théâtre Athenor scène conventionnée, Saint-Nazaire

  • 13 - 15 avril 10

Carré des Jalles, Saint-Medard-en-Jalles

  • 22 - 23 avril 10

Hippodrome scène nationale, Douai

  • 26 - 27 avril 10

Ville d’Argentan

  • 4 - 6 mai 10

Ville de Saint-Raphaël
*10 - 12 mai 10
Pôle Jeune Public, Le Revest-Les-Eaux

  • 18 - 22 mai 10

Théâtre Massalia La Friche, Marseille

> Les cauchemars du gecko

  • 20 - 25 juillet 09

création I Festival d’Avignon

  • 15 - 17 décembre 09

Bonlieu Scène nationale, Annecy

  • 23 - 24 mars 10

Théâtre de L’Union Centre Dramatique National, Limoges

  • 30 mars 10

Théâtre de la Passerelle scène nationale, Gap

  • 7 - 9 avril 10

La Croix Rousse scène nationale, Lyon

> Excuses et dires liminaires de Za

  • 24 - 27 juillet 09

Festival d’Avignon

> Un Musée des Langues

  • 22 - 26 mars 10

Théâtre de Saint Quentin en Yvelines

  • 29 mars - 9 avril 10

TnBA? Centre Dramatique National, Bordeaux

  • 12 - 16 avril 10

Carré des Jalles, Saint-Medard-en-Jalles

Bonlieu scène nationale Annecy